Pour vous présenter ce dossier sur la ressource éducative et ses licences, une première étape s’impose, celle d’une célébration !
Célébrer quoi ? Célébrer un web éducatif qui se construit, parfois de manière complémentaire et parfois de façon alternative aux modèles traditionnels de l’enseignement et de l’apprentissage. Ce qu’il faut célébrer, c’est un web qui n’est pas fait par les géants, mais un web fait par, pour, et avec, l’internaute « moyen ». Comme ailleurs, mais particulièrement ici, face à l’industrie et la grande distribution, des associations, des start-ups, des écoles, des individus surtout, à la fois seuls et très liés aux autres grâce aux réseaux, essayent de faire bouger les lignes. Ce qui donne beaucoup de contenus, des contenus de natures et d’utilisations différentes.
On observe en premier lieu, avec les initiatives portant sur le détournement des réseaux de communication en réseaux d’apprentissage, une profusion de nouvelles ressources, d’exercices en ligne, de cours, de vidéos éducatives. Aujourd’hui, plus facilement qu’auparavant, le professeur peut se faire concepteur-réalisateur-diffuseur. Ils sont maintenant nombreux, ceux qui œuvrent, parfois de manière invisible, au renouvellement enthousiaste des corpus scolaires. Et avec toujours cet objectif : l’école autrement, et encore mieux.
L'école autrement et encore mieux !
L’école autrement, c’est finalement peu en opposition à l’éducation traditionnelle, mais plutôt en complément de celle-ci, en essayant d’y intégrer les usages numériques. Les missions sont restées les mêmes : instruire de savoirs et de méthodes l’individu, et former le citoyen.
Avec ce qu’Internet a changé dans les pratiques quotidiennes et les existences en société, c’est même une nécessité que l’école soit en tête de file de l’innovation numérique. Vincent Peillon a tout récemment réitéré son objectif d’avoir une véritable E-education à la fin du quinquennat, pour, comme dit dans son intervention à l’Université Ludovia: "préparer les jeunes, travailleurs de demain, citoyens de demain, hommes et femmes complets de demain, à la société dans laquelle ils vont vivre, qui est considérablement modifiée et qui peut être considérablement améliorée, du point de vue même des valeurs républicaines, par le numérique et par l'Internet". On souhaite évidemment que cet objectif ne soit plus une promesse de campagne mais un véritable chantier des années à venir.
"Mais...Noooon !! J'utilisais seulement les résultats de l'intelligence collective de la classe!!!"
L’école en mieux, c’est en utilisant les nouveaux outils de création et d’édition, de partage et de collaboration, en explorant les bibliothèques presque infinies qui se sont ouvertes à l’accès et à la consultation, en parvenant à tirer des réseaux des savoirs vivants, témoignés, motivés. C’est remettre aussi au centre de l’éducation la personnalité, la créativité et la curiosité de l’élève. Et ce n’est pas qu’une question de « nouveau »! Le numérique permet aussi (voire surtout) des réflexions innovantes sur des problématiques traditionnelles : organiser un soutien scolaire à différentes échelles, personnaliser un enseignement et avoir des outils de suivi d’apprentissage, travailler efficacement à distance, etc.
Bien sûr, ces mutations et ces pratiques de l’école numérique, pour ce qu’elles ont d’excitant, s’accompagnent parfois de frottements douloureux, de passages ingrats et d’hésitations.
Diffuser, oui ! Mais comment ?
Une problématique revient constamment pour celui qui s’engage dans le web éducatif, celui-ci étant essentiellement un web documentaire : comment diffuser une ressource éducative et pour quelle utilisation ? Le professeur qui publie un cours souhaite-t-il voir son travail diffusé et modifié librement ? Et l’élève, que peut-il faire des contenus qu’il découvre dans sa navigation ? Quels sont ses droits à l’utiliser en classe et ailleurs ou bien encore à le partager avec ses camarades ?
Tout récemment, un professeur de français a diffusé un Manuel de Français de 4ème, gratuitement et sous licence CC BY-NC-SA, sous-titré «Le premier manuel entièrement libre et gratuit pour Ipad ». Cette présentation a fait réagir, car l’ensemble du manuel n’est pas entièrement libre, puisque le travail original de l’auteur (hors sources wikipedia ou autres) est sous CC BY-NC-SA. Et aussi parce qu’il n’y a pas d’univers plus clos que celui d’Apple.
Chez Lyclic, nous nous sommes penchés sur les contradictions et les réactions qui sont ressorties de cette belle initiative. Deux lignes nous sont apparues, ou plutôt une ligne « générale » et une ligne « radicale ». Cela a fait écho à un bref échange que nous avions eu avec Richard Stallman à propos du caractère entièrement libre que devrait revêtir toute ressource éducative, qu’elle soit documentaire ou logicielle.
Si beaucoup d’acteurs éducatifs utilisent et promeuvent le SA, contrainte essentielle du « libre », on peut comprendre leur légitime réticence à permettre l’utilisation commerciale d’un matériel éducatif conçu bénévolement (c’est très souvent le cas) pour une utilisation gratuite (c’est encore plus souvent le cas), et donc à utiliser le NC.
Afin de développer le web éducatif et valoriser des initiatives créatrices de ressources, on peut sans doute partir sur la ligne générale (tous droits réservés (©) VS certains droits réservés et aucun droits réservés), tant le « libre » peut s’avérer exigeant dans son utilisation. D’autant plus que les professeurs créateurs ne sont pas dans leur majorité des militants de l’un ou l’autre bord, mais des pédagogues soucieux de transmettre des savoirs accessibles et réutilisables par le plus grand nombre. Dans cette perspective utilitariste, ce n’est pas un hasard de voir que le NC est très utilisé pour les ressources éducatives, afin de protéger l’œuvre originale et ses dérivés d’une monétisation qui créerait de fait une barrière économique.

Alors quelle(s) licence(s) utiliser ?
Ce dossier a été publié pour que chaque créateur de contenus puisse s'informer et s'orienter plus facilement dans l'univers des licences. Nous avons trouvé des éléments de réponses à ces questions, en allant interroger plusieurs personnes, qui dans leur quotidien, de près (ou d’encore plus près !), réfléchissent aux licences, les utilisent, créent du contenu et informent autour d’eux sur les usages numériques documentaires.
Nous vous invitons au fil de cette semaine à découvrir les interviews et les témoignages que nous avons recueillis, et à y réagir librement !
Pour débuter ce dossier, rentrons tout de suite dans le vif du sujet avec l'initiative Creative Commons présentée par Primavera de Filippi !
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L'entretien avec Yann Houry, professeur et auteur du Manuel de Quatrième
Entretien avec @Calimaq aka Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire.
Crédits:
Texte :
Marc-Aurèle Garreau
Images :
Copying, Manu Cornet
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